Avant d’entrer dans les détails réglementaires, il est important de rappeler que le CBD est déjà bien installé dans le quotidien des consommateurs européens. On le retrouve notamment à travers les fleurs de CBD, les résines CBD, les produits bien-être et les gummies au CBD, disponibles aussi bien en boutique spécialisée qu’en ligne, y compris en France.
Le marché du CBD en Europe n’a jamais été aussi dynamique. Fleurs, huiles, cosmétiques, infusions, gummies… la demande explose dans presque tous les pays de l’Union européenne. Pourtant, malgré cet engouement massif, une réalité persiste : le cadre légal du CBD reste profondément incertain à l’échelle européenne.
En 2025, cette situation crée un paradoxe de plus en plus visible. D’un côté, des millions de consommateurs utilisent quotidiennement des produits au CBD. De l’autre, les entreprises évoluent dans un environnement juridique instable, marqué par des interprétations divergentes, des décisions incomplètes et une absence d’harmonisation claire.
Un cadre européen encore inachevé
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, il n’existe pas aujourd’hui de réglementation européenne unique et totalement stabilisée sur le CBD. L’Union européenne a certes reconnu, via plusieurs décisions judiciaires, que le CBD n’est pas un stupéfiant. Mais cette reconnaissance ne suffit pas à encadrer clairement tous les usages du cannabidiol.
Le cœur du problème réside dans la classification du CBD selon son mode de consommation.
Le cas du “Novel Food”
Pour les huiles, gélules, infusions ou gummies au CBD, la Commission européenne considère que le cannabidiol ingéré relève du statut de « novel food ». En théorie, cela signifie qu’un produit doit obtenir une autorisation spécifique avant d’être commercialisé.
En pratique, aucun produit CBD n’a encore obtenu une autorisation complète et définitive comme novel food. Les dossiers sont en attente, gelés ou soumis à des demandes complémentaires, créant un vide juridique particulièrement problématique pour les acteurs du marché.
Pour comprendre cette logique, la Commission européenne publie régulièrement des informations sur les demandes et notifications liées au novel food : European Commission – Novel Food .
Une tolérance de fait, mais pas de sécurité juridique
Malgré l’absence d’autorisations claires, les produits CBD sont largement disponibles dans de nombreux pays européens. Cette situation repose sur une forme de tolérance administrative, variable selon les États membres.
Les produits cosmétiques et topiques (crèmes, baumes, sérums) sont généralement mieux acceptés, car ils ne relèvent pas du novel food.
Les fleurs de CBD, bien qu’elles ne soient pas destinées à l’ingestion, restent soumises à des interprétations nationales très différentes.
Les huiles et produits ingérables évoluent dans une zone grise : ni clairement interdits, ni officiellement autorisés à l’échelle européenne.
Ce flou crée une instabilité permanente pour les professionnels comme pour les consommateurs.

Des règles différentes selon les pays européens
L’un des problèmes majeurs du CBD en Europe est l’absence d’harmonisation. Chaque pays applique sa propre lecture du droit européen.
Certains États autorisent largement la vente de fleurs et d’huiles, tandis que d’autres restreignent fortement certains formats ou imposent des exigences spécifiques. Les contrôles, sanctions et tolérances varient fortement d’un pays à l’autre.
Résultat : un produit légal dans un pays peut devenir problématique dans un autre, ce qui va à l’encontre du principe de libre circulation des marchandises au sein de l’Union européenne.
Un frein majeur pour l’innovation et l’investissement
Cette incertitude juridique a des conséquences concrètes. Comme le souligne régulièrement le cabinet d’analyse Prohibition Partners, le manque de clarté réglementaire freine les investissements à long terme, décourage la recherche et le développement, limite l’innovation produit et complique l’accès au financement.
Une analyse globale du marché européen du CBD est disponible ici : Prohibition Partners – Analyse du marché CBD en Europe .
Les consommateurs, premiers impactés par le flou
Ce contexte ne nuit pas seulement aux entreprises. Il pénalise aussi les consommateurs, qui se retrouvent face à des informations contradictoires, des produits aux statuts variables, des discours parfois alarmistes ou approximatifs, et une difficulté croissante à distinguer les acteurs sérieux des vendeurs peu scrupuleux.
Dans un marché en pleine croissance, l’absence de règles claires favorise les dérives, alors même que la majorité des consommateurs recherchent avant tout des produits sûrs, traçables et transparents.
Vers une clarification à moyen terme ?
Malgré ce tableau complexe, plusieurs signaux laissent penser qu’une clarification finira par émerger. La pression économique, la demande croissante et la multiplication des dossiers novel food rendent une décision européenne inévitable.
Cependant, le processus reste lent. Les institutions européennes avancent avec prudence, notamment en raison du manque de recul scientifique standardisé et des différences de positions entre États membres.
En attendant, le marché du CBD en Europe continue de se structurer de manière pragmatique, souvent plus vite que le cadre légal censé l’encadrer.
Conclusion : un marché en avance sur la loi
Le CBD en Europe illustre parfaitement le décalage entre l’évolution des usages et la lenteur réglementaire. Alors que les consommateurs ont déjà intégré le CBD dans leur quotidien, le droit européen peine encore à lui donner un cadre clair, cohérent et harmonisé.
Cette incertitude n’est pas seulement un problème juridique. C’est un enjeu économique, sanitaire et sociétal. Tant que la réglementation restera floue, le marché évoluera dans une zone grise, avec tout ce que cela implique en termes de risques et d’opportunités.
Une chose est sûre : le CBD n’est plus un phénomène marginal, et l’Europe devra tôt ou tard trancher clairement.
Oui, le CBD est légal en Europe dans son principe, à condition qu’il respecte les critères fixés par l’Union européenne, notamment un taux de THC inférieur ou égal à 0,3 %. En revanche, la légalité dépend aussi du format du produit (fleur, huile, cosmétique, comestible) et de son usage, ce qui explique les différences d’interprétation selon les pays.
Le flou vient principalement du fait que l’Europe distingue les produits selon leur mode de consommation. Les produits ingérables au CBD sont associés au cadre du Novel Food, qui nécessite une autorisation préalable. Or, aucune autorisation complète n’a encore été délivrée à ce jour. En parallèle, chaque État membre applique sa propre interprétation, ce qui empêche une harmonisation claire.
Le statut “Novel Food” concerne les ingrédients considérés comme nouveaux dans l’alimentation européenne. Pour le CBD ingéré (huiles, gummies, infusions), cela implique une évaluation scientifique et une autorisation avant mise sur le marché. Le problème est que ces procédures sont longues, incomplètes et encore en cours, ce qui crée une zone grise réglementaire.
Non. Même si le CBD n’est pas un stupéfiant, les fleurs de CBD font l’objet d’interprétations nationales différentes. Certains pays les autorisent clairement, d’autres les tolèrent, et certains imposent des restrictions spécifiques. Cette disparité complique la libre circulation des produits au sein de l’Union européenne.
Oui, de manière générale. Les cosmétiques et produits topiques (crèmes, baumes, huiles de massage) relèvent de la réglementation cosmétique européenne, distincte du Novel Food. Ils bénéficient donc d’un cadre souvent plus clair, même s’ils restent soumis à des obligations strictes de sécurité et d’étiquetage.
Parce que chaque pays applique sa propre lecture du droit européen. Tant qu’il n’existe pas de réglementation harmonisée spécifique au CBD, les autorités nationales conservent une marge d’interprétation. Cela va à l’encontre du principe de libre circulation, mais reste une réalité concrète pour les entreprises et les consommateurs.
Non, pas entièrement. La décision de la Cour de justice de l’Union européenne (affaire KanaVape) a confirmé que le CBD n’est pas un stupéfiant et qu’un État ne peut pas interdire arbitrairement un CBD légalement produit dans un autre État membre. En revanche, elle ne règle pas la question des formats ingérables ni du Novel Food.
Le flou réglementaire freine l’innovation, limite les investissements à long terme, complique l’accès au financement et fragilise les entreprises sérieuses. Beaucoup hésitent à développer de nouveaux produits ou à investir dans la recherche sans visibilité juridique claire à l’échelle européenne.
Pas toujours. L’absence de cadre clair favorise les discours contradictoires et complique l’identification des acteurs fiables. C’est pourquoi il est essentiel de se tourner vers des boutiques transparentes, proposant des produits analysés, traçables et conformes aux réglementations en vigueur.
Oui, à moyen terme. La pression économique, la croissance du marché et l’accumulation des dossiers Novel Food rendent une clarification inévitable. Toutefois, le processus reste lent et dépendra des décisions scientifiques et politiques à venir.
Le CBD n’est plus un marché marginal, mais la réglementation européenne n’a pas encore rattrapé la réalité du terrain. Tant que le cadre restera flou, le marché évoluera dans une zone grise, où la prudence, la transparence et l’information restent essentielles pour les professionnels comme pour les consommateurs.